Aujourd’hui, la tendance est au BIO et aux produits écologiques, et de nombreux produits cosmétiques et détergents se sont vus labellisés, à l’effigie de Cosmebio, Écolabel ou encore Nature & Progrès. En tant que consommateur, en utilisant de plus en plus de produits portant un label, nous sommes certains de faire un choix écologique et bon pour notre santé. Mais alors que de plus en plus d’entreprise sont accusées de greenwashing, il est difficile de faire la part des choses. En réalité, que se cache-t-il derrière tous ces labels ? Comment les décrypter et lequel choisir ? Retrouvez toutes ces réponses dans cet article !

Différents labels, pour différents niveaux d’exigence

L’Écolabel

Logo Ecolabel

L’écolabel est un label officiel européen accordé par l’organisme Afnor, certifiant des produits présentant des avantages environnementaux. Il est applicable à un grand nombre de produits dont les détergents comme la lessive, le produit vaisselle ou encore les cosmétiques à rincer comme les savons. Il promeut la conception, la production, la commercialisation et l’utilisation de produits ayant une incidence moindre sur l’environnement pendant tout leur cycle de vie. Il est basé sur une « approche globale », qui passe par une analyse du cycle de vie du produit, de sa fabrication (prenant en compte le choix des matières premières) à son élimination ou recyclage en passant par sa distribution, sa consommation et son utilisation. Ainsi, chaque type de produit doit répondre à un cahier des charges précis prenant en compte des critères comme : La toxicité pour les organismes aquatiques, la biodégradabilité, l’emballage du produit ou encore l’approvisionnement durable en huile de palme, en huile de palmiste et en leurs dérivés.

Cosmebio

Créée en 2002, Cosmebio est l’association française de la cosmétique bio. Ils ont d’abord créé une charte sur laquelle figurent les valeurs de l’association et de ses adhérents puis un cahier des charges technique, basé sur le cahier des charges COSMOS, dont le contrôle fût confié à des organismes privés comme Ecocert ou encore Cosmécert. Les garanties du label Cosmebio concernent chaque étape du cycle de vie d’un produit cosmétique, c’est-à-dire :

Logo Cosmebio
  • L’origine des matières premières, pour encourager un approvisionnement éthique et durable.
  • Les procédés de transformation, qui se veulent doux et non polluants.
  • La fabrication du produit fini, qui concernant la composition du produit, son emballage et son stockage.
  • Un étiquetage transparent et une communication responsable.

Nature & Progrès

Fondé en 1964 en réaction à l’industrialisation de l’agriculture, Nature & Progrès est le premier organisme à avoir créé un cahier des charges pour le Biologique en 1972 afin de reconnaître et faire progresser l’agriculture biologique. Le premier cahier des charges Nature & Progrès a été repris et homologué en 1986 par l’état français avant d’être supplanté par le règlement bio européen, unique et commun à tous les états membres, donnant naissance à l’écolabel par exemple. Contrairement à ce dernier, Nature et Progrès propose un engagement global, qui s’inscrit dans le modèle agro écologique et va ainsi bien au-delà d’un simple label.

Logo Nature & Progrès

Au-delà d’élaborer un cahier des charges strict en matière de cosmétiques, Nature & Progrès et ses adhérents s’engagent pour une société collaborative et solidaire, une économie de partage à dimension humaine, une agriculture paysanne respectant les équilibres naturels, des activités humaines respectueuses de l’environnement. Des principes et valeurs rassemblés dans la charte Nature & Progrès.

Et maintenant, que faut-il regarder ?

Les ingrédients

L’Écolabel

L’écolabel autorise l’utilisation d’huile de palme et de ses dérivés, à condition qu’ils proviennent de plantations qui répondent aux critères de gestion durable définis par des organisations composées d’ONG, d’entreprises ou encore de pouvoirs publics. Il est inutile de souligner que malgré une gestion durable de ces ressources, l’huile de palme contribue massivement à la déforestation et ne s’inscrit pas dans une démarche écologique.

Si l’on poursuit l’analyse du cahier des charge de l’écolabel, nous nous apercevons qu’aucune interdiction n’est mentionnée quant à l’utilisation de certains ingrédients controversés. En effet, les matières premières d’origine animale, les ingrédients issus de la pétrochimie ou encore les tensio-actifs non biodégradables ne sont pas interdits dans les produits portant l’écolabel. Plus précisément, tous les agents tensio-actifs doivent être facilement biodégradables en revanche, la biodégradabilité devrait être stricte et non « facile » comme le label le recommande !

En bref, le cahier des charges de l’écolabel est extrêmement long, comporte des termes technique, indéchiffrables par les consommateurs… De plus, il accorde de nombreuses dérogations pour l’utilisation de certains produits comme les tensio-actifs de synthèse, qui ne sont pas bannis, de même que les conservateurs ou encore les parfums de synthèse, pourtant nuisibles pour notre santé et celle de l’environnement.

Cosmebio

Le cahier des charges du label COSMEBIO se veut plus strict que celui de l’écolabel, que l’on retrouve plutôt sur les détergents. En effet, on retrouve dans ses critères généraux : Le respect du principe de précaution lorsqu’un ingrédient, une technologie ou un procédé est risqué pour la santé ou pour l’environnement, l’interdiction des nanoparticules, des OGM et de leurs dérivés ou encore l’interdiction des tests sur les animaux.

Principes du label Cosmebio

Le cahier des charges COSMOS établit 5 catégories d’ingrédients : l’eau, les minéraux, les agro-ingrédients physiquement transformés, les agro-ingrédients chimiquement transformés et les autres autres ingrédients. Seuls les agro-ingrédients peuvent être certifiés bio, car ils sont les seuls issus de l’AB.

Concernant l’origine et la transformation des ingrédients, les critères fournis par la charte COSMEBIO sont encore trop peu rigoureux. En effet, COSMEBIO exige au moins 95% d’ingrédients d’origine naturelle sur tout le produit (pour les cosmétiques naturels et bio). Or, les 5% restant peuvent être des substances controversées, tels que des parfums de synthèse, des conservateurs, des enzymes… De même, les produits labellisés BIO doivent contenir au moins 95% d’ingrédients bio parmi ceux qui peuvent être bio. Ainsi, la charte COSMOS n’exige pas que 100% des ingrédients végétaux soient BIO.

Enfin, la charte ne requiert qu’au moins 20% d’ingrédients biologiques sur tout le produit. Cela laisse libre court aux fabricants d’ajouter des ingrédients non BIO voir même des substances controversées alors même que ces produits portent le label !

Le label COSMEBIO n’interdit pas l’utilisation de certains ingrédients, pourtant controversés. En effet, les agro-ingrédients d’origine animale sont autorisés, mais ne doivent pas entraîner la mort de l’animal. L’utilisation d’huile de palmiste et de ses dérivées est autorisée à condition qu’elle soit BIO et issue de sources durables certifiées.

Nature & Progrès

Le cahier des charges du label Nature & Progrès est strict quant à l’utilisation d’ingrédients controversés. En effet, il interdit d’utiliser de l’huile de palme et ses dérivées (communément inscrites sous le nom de « sodium palmate » pour désigner l’huile de palme saponifiée dans les savons ou encore sur nos emballages cosmétiques). Il interdit également d’utiliser des matières premières d’origine animale. De plus, ne sont autorisées que les matières minérales dont l’extraction n’engendre pas de pollution ni de dégradation du paysage. L’approvisionnement en argile doit répondre aux exigences du cahier des charges Nature et Progrès spécifique aux argiles et produits dérivés. Savons Arthur travaille donc avec un producteur d’argile répondant à ces critères. De même, les ingrédients issus de la pétrochimie comme les colorants, les parfums ou encore les anti-oxydants sont bannis par la charte Nature & Progrès. Les conservateurs naturels sont privilégiés.

Huile d'olive biologique monovariétale Arbequina

La rigueur est la même quant à l’huile utilisée dans les produits. Seules les huiles et graisses végétales Nature & Progrès ou certifiées AB sont autorisées exceptée l’huile de palme. Les huiles végétales doivent être obtenues par des méthodes d’extraction respectant les qualités organoleptiques des huiles. Tel est le cas de l’huile BIO monovariétale Aberquina utilisée par Savons Arthur.

Concernant l’utilisation des tensio-actifs, Nature et Progrès autorise uniquement les tensio-actifs biodégradables, et bannit tous les tensio-actifs faits à partir d’huile de palme ou d’ajdonction d’oxyde d’éthylène, un gaz très réactif, extrêmement toxique et cancérigène. Un des membres représentatifs de la famille des ingrédients éthoxylés est le Sodium Laureth Sulfate (SLES) ou le Sodium Lauryl Sulfate (SLS), beaucoup plus agressif pour la peau. Ces tensio-actifs étant présents dans la grande majorité des produits cosmétiques, ne sont pas interdits par certains labels bio comme l’écolabel ou Cosmebio.

Les procédés de fabrication

Les restrictions quant aux méthodes de fabrication des produits cosmétiques sont plus ou moins laxistes en fonction des labels. Concernant les processus de fabrication des cosmétiques, la charte COSMEBIO impose certaines règles comme la séparation des processus de fabrication qui sont différents et des zones de stockage pour éviter toute erreur, la mise en place d’un système de contrôle qualité ou encore l’absence de tests sur animaux. Toutefois, cette rigueur n’est pas poussée jusqu’à l’interdiction d’utiliser des solvants issus de la pétrochimie comme le fait Nature & Progrès.

La charte Nature & Progrès dresse une liste importante et précise de procédés interdits comme l’utilisation d’un micro-ondes, la sulfatation ou encore l’utilisation de solvant issus de la pétrochimie. Ces procédés ne faisant pas l’objet d’une interdiction dans le cahier des charges de l’écolabel, cela nous prouve à nouveau le laxisme de celui-ci.

La démarche globale

La démarche globale de l’entreprise fabricant les produits labellisés est aussi prise en compte dans les différents labels. A nouveau, celle-ci est plus ou moins encadrée. En effet, concernant les emballages, lecahier des charges COSMOS encourage l’éco-conception des emballages : minimiser la quantité de matériaux utilisé dans le packaging, maximiser les matériaux recyclables dans la mesure du possible. Les emballages difficilement recyclables ne sont donc pas bannis. L’écolabel, lui, ne fournit aucune indication pour encourager un packaging plus responsable si ce n’est son caractère recyclable, encore faut-il qu’il soit recyclé ! Quant au label Nature & Progrès, le choix doit se porter sur des emballages possédant des critères écologiques et les emballages difficilement recyclables ne sont pas retenus.

Concernant le plan de gestion environnemental, le cahier des charges COSMOS prévoit : la mise en place d’un plan de gestion des déchets pour réduire, réutiliser et recycler ses déchets ainsi qu’une liste de produits de nettoyage et de désinfection autorisés. La charte de Nature & Progrès va encore plus loin en imposant une gestion durable des déchets, des effluents et même de l’énergie du bâtiment. De plus, les adhérents Nature & Progrès s’engagent à aller vers 100% du respect de la charte et cela dans un délai de 5 ans. Un moyen de s’assurer que les entreprises labellisées cherchent à progresser toujours plus dans leur démarche écologique.

Boussole NESO

En somme

Derrière tous ces labels se cachent de nombreuses conditions et restrictions plus ou moins transparentes. Ainsi, l’écolabel que l’on retrouve sur les détergents et produits ménagers reste le plus flou et le plus laxiste des labels. Se tourner vers ce type de produit est un premier pas vers la démarche écologique bien qu’ils ne s’inscrivent pas dans une démarche réellement durable. Le label COSMEBIO, mentionné sur les produits cosmétiques, est plus strict. Toutefois, il ne pousse pas l’exigence des ingrédients végétaux issus de l’AB à 100% et il tolère l’utilisation d’ingrédients controversés. En somme, Nature & Progrès demeure le label le plus fiable et le plus durable, puisqu’il impose de nombreuses interdictions d’ingrédients controversés et requiert 100% d’ingrédients biologiques pour les ingrédients végétaux. Il s’inscrit également dans une démarche de développement durable en prenant en compte l’aspect social et économique que génère le produit labellisé.

Auteur Laura Ruelle

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